L’hiver, lorsqu’il neige beaucoup dans une atmosphère sans vent, la neige s’accumule non seulement au sol, mais aussi dans les arbres, particulièrement les conifères qui sont en forme de cône bien que ce terme se réfère aux graines de l’arbre. Ce phénomène est bien connu dans la Vallée des Fantômes du Parc National des Monts Valin mais il se retrouve à bien d’autres endroits moins connus surtout en altitude variant de 700 à plus de 1000 mètres.
L’accumulation de neige forme des fantômes, des momies et des prieurs, soit des formes qui évoquent toutes sortes de monstres selon notre imagination. La meilleure période pour observer ce phénomène varie beaucoup d’un hiver à l’autre, mais du 15 décembre au 15 janvier est une fenêtre favorable bien qu’à l’altitude de 1000 mètres, on en trouve jusqu’en mars. Dans ce dernier cas, c’est un mélange de givre, de giboulée et de neige et de cristallisation qui s’accumule sur le moindre brin d’arbre, feuillu ou conifère. On observe parfois une cristallisation géante de l’humidité certaines nuits sans vent sur toutes surfaces au sommet des montagnes. Ces cristaux sont de grands feuillets de glace très fragiles, éphémères, mais superbes.
Attention, il arrive souvent qu’une courte période de dégel en janvier nous fasse perdre toute la neige dans les arbres et qu’il n’y en ait plus du reste de l’hiver.
Déambuler en raquettes ou en ski de fond hors piste parmi ces fantômes est féérique, impressionnant, magique et inoubliable. Les observer le soir, dans l’obscurité, est encore plus frappant, car ces monstres alors, s’animent et il est recommandé de porter une gousse d’ail sur soi pour sortir vivant de ce monde maléfique.
C’est un ravissement pour les yeux et peu de gens s’attardent à un autre de nos sens qui est l’ouïe. En effet, la neige au sol et dans les arbres absorbe tous les sons. L’atmosphère y est feutrée, dans la ouate. Il n’y a aucune réverbération sonore, aucun écho, aucun retour de son. Scientifiquement, on est dans un milieu “anéchoïque (sans écho) en trois dimensions presque parfait ce qui est très rare en nature. D’ailleurs, on construit des chambres anéchoïques à grands frais pour tester des satellites et des micros. Dans un gymnase aux murs de béton nus c’est tout le contraire.
Pour apprécier ce phénomène, il faut, bien sûr, avoir les oreilles dégagées (de la tuque) et l’ouïe fine, mais lorsqu’on s’y attarde, ce phénomène est surprenant.
Si l’occasion se présente, ne manquez pas de faire une excursion dans un tel monde fantasmagorique et vous en reviendrez …..zombi.
Jean Vallée
Club des Randonneurs du Saguenay
